La démarche de Béatrice Sauvageot

Orthophoniste atypique, Béatrice Sauvageot est spécialisée dans les troubles d'apprentissage des DYS. La démarche thérapeutique qu'elle a initiée en France et à l'étranger est dite "plurisensorielle".
Depuis quelques années, elle a développé une nouvelle définition de la dyslexie, "la bilexie," qui révolutionne l’approche thérapeutique des troubles du langage écrit.
Sa pédagogie stimule la manière dont les dyslexiques et dysorthographiques abordent la lecture et l’écriture. Elle créée des automatismes d’apprentissages qui leurs sont spécialement adaptés.
⇒Une démarche expérimentale
J’ai fait mes études à Paris et j’ai rapidement travaillé avec des patients atteints de troubles neurologiques. Epaulée par une équipe d’orthophonistes formidables, j’ai réalisé mon mémoire de fin d’études sous la direction du docteur Jean Métellus, neurologue, linguiste, mais aussi écrivain et poète.
Je travaillais à l’hôpital et m’intéressais à la relation entre l’art et la science. Dans le même temps je suivais des études musicales et je compris combien il serait bénéfique pour les patients de fusionner les paramètres psycho-acoustiques de la musique et du langage.
J’entamais alors des missions de recherche en Europe avec une équipe d’anthropologues et de musicologues sur la pertinence d’une prise en charge globale de l’individu. Notre groupe a mis au point divers outils qui furent employés pour améliorer les performances de personnes qui n’avaient aucun besoin de rééducation et qui passaient des concours de haut niveau. Ce programme d’entraînement et de stimulation de la plasticité cérébrale fut le début de découvertes passionnantes.
France 5 // 2010
En tant que jeune orthophoniste, je me mis à travailler en libéral où je rencontrai de nombreux patients dyslexiques et dysorthographiques.
La prise en charge des patients telle que je devais l’appliquer me paraissait fort lente et parfois même ennuyeuse : reprendre les leçons et les devoirs, réexpliquer les règles de français, travailler sur les confusions de sons, etc…
J’ai éprouvé la nécessité de créer des outils différents pour être plus efficace et permettre aux patients et à leur famille d’avoir une thérapie plus brève (l’orthophonie est prise en charge en France du CP à la terminale ; en Belgique et en Suisse, les prises en charge remboursées sont beaucoup plus courtes ; dans les autres pays d’Europe et ailleurs dans le monde, elles ne sont pas remboursées du tout, ou seulement s’il l’on démontre que les troubles sont graves après un bilan hospitalier).
Il me fallait trouver des solutions afin que ces enfants qui paraissaient intelligents, qui avaient envie de s’en sortir et qui étaient dans une spirale d’échec, puissent progresser de façon significative. Je passais de nombreuses heures avec une équipe de chercheurs, d’artistes et de thérapeutes à étudier les ponts qu’il nous fallait construire entre l’art et la science pour aider ces patients.
C'est au programme
Une question évidente s’est alors posée : et si les théories que l’on nous avait inculquées sur la dyslexie étaient erronées ? Incomplètes ? Nous avons alors demandé à des « dys » de tous âges de se joindre à notre équipe afin de nous éclairer. A partir de ce moment là, tout changeait : une véritable révolution naquit de cette transversalité des savoirs et des êtres, surtout lorsque les parents se mirent également à nous accompagner.
Ainsi nous avons mené une enquête dans la vie de nos patients afin d’apprendre tout simplement à les connaître. Il nous a paru essentiel de recueillir les témoignages des parents et à notre grand étonnement ils avaient beaucoup de points communs.
Nous avons suivi l’enfant, l’adolescent et l’adulte dans des situations diverses, à l’école ou au travail, au restaurant, au cinéma, lorsqu’ils faisaient des courses, durant leurs loisirs. Nous les avons suivis lorsqu’ils sortaient : à pied, à vélo, en voiture, dans les transports en commun. Nous les avons filmés, enregistrés. Nous passions des heures à faire les devoirs chez eux, pour comprendre le calvaire que la famille endurait tous les soirs. Nous les avons questionnés : pourquoi fais tu cela? qu’est ce qui te fait agir comme cela? Que comprends-tu ? Comment t’y prends tu et pourquoi ? Nous n’avons eu de cesse que de trouver de nouvelles pistes qui ont donné naissance à une théorie très éloignée de notre point de départ :
les « dys » ne dysfonctionnent pas, mais fonctionnent autrement !
Des racines et des ailes
En nous fondant sur leurs modes de pensées, leur logique, leur façon d’appréhender la langue, le propos, le concept, nous avons pu mettre au point des outils qui se sont révélés extrêmement efficaces en leur permettant d’accéder à la réussite scolaire et sociale.
Nous sommes toujours sidérés par la manière dont les dys communiquent entre eux.
- Par exemple lorsque la petite Clémence se plaint auprès de son camarade d’être « incapable de comprendre les visages », celui-ci lui répond du tac au tac,« tu sais c’est simple la géométrie, je vais t’expliquer ». Il se mit alors à lui faire un cours de géométrie façon « dys » et m’expliqua en voyant mon air interloqué qu’elle avait du mal à comprendre et à reproduire les figures !
Nous avons constaté qu’ils pouvaient déchiffrer avec une grande facilité les textes d’autres dys écrits en phonétique :« Cho da namin » pourje t’aime maman ou « jai cha choutou palle » pour« les chats jouent au ballo »).
Les raisonnements de mes « patients » s’avéraient de plus en plus intrigants au fil de mes recherches. J’avais l’impression de découvrir et d’explorer une terre inconnue, de mettre en lumière la première langue neurologique que pratique 10% de la population mondiale.
Je fus subjuguée lorsqu’un petit Paul vint au cabinet avec sa maman pour une séance d’orthophonie et que la maman, qui n’en pouvait plus me dit « merci de lui faire réviser le futur simple, cela fait 2heures que je travaille avec lui, et ça ne rentre pas ».
Au cours d’une séance assez longue durant laquelle je proposai plutôt des jeux de reconnaissance de fréquences (grave, médium, aiguë) de couleurs, de matières, bref tout ce qui permet, dans notre méthodologie, d’apprendre les conjugaisons, les verbes irréguliers en anglais, la grammaire, etc…
Au retour de sa maman, Paul et moi avons fait une démonstration qui m’éclairait une fois de plus sur cette pensée particulière :
- « Paul, dis moi un verbe
- Mourir
- Avec une personne comme je, tu, il…
- Je
- Très bien, peux tu nous dire comment tu conjugues le verbe mourir avec la personne je au futur simple ?
- Je vais peut être mourir un jour »
Sa maman et moi furent très surprises et je me sentais un peu honteuse car je n’avais pas réussi à faire comprendre à ce garçon de 11 ans le futur simple ; pour sauver la face, je lui posai la question :
- Pourquoi dis tu ça Paul ?
- Ben je sais ce qu’elle veut que je dise maman, elle veut que je dise « je mourrai » en faisant bien sonner les 2 R, mais quand tu dis ça, tu n’as même pas le temps de finir de dire le mot que tu es déjà mort, alors que si je dis -je vais peut être mourir un jour- tu vois la longue et belle vie que j’ai devant moi ?
Impressionnée par son raisonnement, je lui demandais de me conjuguer de nouveau le verbe mourir, toujours avec je
- Nous sommes tous morts
- Ah !!!! pourquoi dis tu cela Paul ? J’étais interloquée !
- Parce que lorsque je mourrai toute l’humanité mourra avec moi, tu t’imagines, toi, que la terre continuera de tourner après ta mort ? mais c’est impossible ! »
A partir de ces expériences et dans un souci de renouvellement et d’adaptation constants, j’entrepris de baser mes rééducations avec les dys sur leur mode d’intelligence si particulier et m’entraînais à devenir dyslexique, ce qui n’est pas si facile croyez moi !
Je commençais à obtenir non seulement des résultats exceptionnels au niveau scolaire, et ce dans un temps record, mais aussi à développer leurs potentialités, à nourrir ces cerveaux contrariés ! Mais surtout je leur donnais les outils pour enfin pouvoir lire, écrire, mémoriser, se concentrer facilement, sans effort, et leur évitais de ce fait de passer des heures et des heures à travailler pour des résultats médiocres.
Quand aux adultes, cela leur permettait de reprendre des études, de changer d’orientation professionnelle et surtout d’arrêter de passer leur vie à se cacher, à jouer un rôle, à masquer leur véritable nature.
⇒De la dyslexie à la Bilexie
On entend communément par «dyslexie» et «dysorthographie» un «trouble spécifique et durable affectant la lecture et l’écriture». Ces états entraînent des difficultés d'apprentissage qui ont des expressions variables selon les cas.
Les « thérapies » visant à rééduquer les troubles et les symptômes des dyslexiques et des dysorthographiques se retrouvent toutes à un moment donné confrontées à la durée des traitements, des thérapies et des rééducations. Forts de ce constat nous avons travaillé –avec les familles- pour trouver d’autres réponses...
Il ne s'agit plus pour nous de « rééduquer », de « redresser des troubles » mais bien d'exploiter des capacités enfouies, de stimuler les zones neurologiques qui entrent en jeu dans la lecture et l'écriture. Notre démarche est de développer chez les dys leurs capacités laissées en friche et qui ne demandent qu'à se révéler, tant dans le domaine des apprentissages que dans ceux des loisirs, de la confiance en soi, du plaisir de vivre, d'apprendre, de communiquer et d’échanger.
Notre démarche est de changer le regard que nous portons sur les « langages » des dyslexiques. Là où certains ne voient que des fautes, nous avons trouvé une langue neurologique et linguistique à part entière, obéissant à une logique particulière propre à chaque dyslexique et à son regard sur le monde.
Apprendre le français des grammairiens et des linguistes, le français officiel, équivaut in fine pour un dys à apprendre une langue étrangère ! Or comment apprendre une langue étrangère si l’on ne maitrise pas l’organisation de sa langue naturelle ? On comprend dès lors toutes les difficultés d’apprentissage d’un dyslexique et il faut y apporter des solutions.
Pourquoi le terme de bilexique ?
« Bi pour le choix (plus précisément ambi comme dans ambidextrie) pour bilinguisme.
Lexique : vocabulaire ou ensemble des mots qui constituent une langue et/ou un vocabulaire propre à un seul auteur. »
Le terme dyslexie porte en lui l’idée d’un « dysfonctionnement » et d’une « anomalie ». Or la majorité des « dyslexiques » présente une répartition neurologique différente des zones d'apprentissage de la lecture et de l'écriture.
L'analyse de nombreux textes de dyslexiques et de dysorthographiques a démontré qu'ils utilisent une langue neurologique dont l’apparente similitude avec notre langue cache une singularité, une perception, des associations d’idées, une poésie et une structure à part.
L’apprentissage de la langue « officielle » leur demande de devenir bilingue, de maîtriser un double lexique : celui de leur langue « naturelle » et celui de la langue « officielle ». Ainsi, le terme de « Bilexie » nous semble plus proche de la réalité des « dys ».
Notre expérience nous permet d’affirmer qu’il est possible de dépasser les difficultés d’apprentissage de la lecture et de la langue écrite d’une grande majorité de personnes déclarées « dyslexiques ». Il faut les aider à comprendre leur propre logique et travailler avec eux la plasticité des zones du cerveau concernées : ils sont « bilingue » ou plus exactement « bilexique » !
C'est pour toutes ces raisons que nous préférons employer les termes "bilexiques" ou "ambilexiques" plutôt que de continuer à perpétuer l’image de personnes atteintes de dysfonctionnements.
Non seulement ils ne dysfonctionnent pas, mais ils sont loin de nous avoir révélé ce dont ils sont capables: les progrès qu'ils feront en autonomie sur VISTADYS seront une preuve supplémentaire de leur talent.
Nous n'avons rien inventé, nous avons simplement mis en avant leurs potentialités exceptionnelles et souhaitons vous faire partager cette vision positive de leur personnalité.
⇒Bibliographie
Publications
Vive la dyslexie !
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Béatrice Sauvageot, Jean Métellus
Facteur de marginalisation, la dyslexie est un handicap indiscutable pour l'enfant, l'adolescent ou l'adulte qui en sont frappés. Cet ouvrage revient sur les caractéristiques de ce trouble et présente une méthode révolutionnaire : elle permet au dyslexique, grâce à l'expression artistique (musique, chant, danse, rire, thérapies corporelles...), de ne plus vivre l'apprentissage de l'écrit comme une contrainte.
Editions Nil, Paris, 2002
Réédition en livre de poche
J'AI LU, collection Bien-être / santé , Paris, 2004

Coffret Puissance Dys
Des exercices sur CD audio pour améliorer la concentration et la connexion entre les mots écrits ou dits.
♦ En vente sur : www.bilexie.fr
La dyslexie est un jeu d'enfant!

Editions Robert Laffont, Paris, 2005

La Maladresse
Autrement n° 219 Fevrier 2003
Publications scientifiques
• Colloque de l’ESCOM (European Society for the Cognitive Sciences of Music) à Trieste (Italie/1991)
• Actes du Congrès pour les Sciences Cognitives et l’Approche Pluridisciplinaire des Perceptions au Conservatoire Royal de la Haye (Pays Bas, 1992)
• L’émotion musicale et la fluidité verbale, Entretiens d’Orthophonie de Bichat, Expansion Scientifique Française, Béatrice Sauvageot, Jean Métellus (1992)
• La sublimation des symptômes par la Sensonalité : modes d’approche, Entretiens d’Orthophonie de Bichat, Expansion Scientifique Française, Béatrice Sauvageot, Jean Métellus (1993)
• Sensonaime : perception, créativité, conscience, 13ème journée du GRAAL, congrès de neurologie de l’hôpital Emile Roux, Limeil Brévannes, fondé par Jean Métellus (1994)
• Sensonaime : essences et extraits 14ème journée du GRAAL, congrès de neurologie de l’hôpital Emile Roux, Limeil Brévannes (1994)
• Sensonaime, orthomagazine (1996)
• Les rééducations de l’avenir en Gériatrie : Rééducation Orthophonique, Béatrice Sauvageot, Jean Métellus (1996)
• Sélection du film Dessine-moi Sensonaime au Festival International Médical et de Santé de Mauriac (1997)• Sensonaime : de l’improvisation à la rééducation : Entretiens de Bichat, Béatrice Sauvageot, Jean Métellus (1998)
• Sensonaime, différents aspects : Film, Béatrice Sauvageot, Jean Métellus, 17 ème Journées du GRAAL (1998)
• De la tension à l’attention, Béatrice Sauvageot, Jean Métellus, « Entretiens de Bichat en Orthophonie » (1999)
• Historical and critical approach of dyslexia, Société Médico-Psychologique, J.Métellus, B. Sauvageot, B. Randianarisoa, Annales Médico-Psychologiques. Ed. Elsevier. Paris. (2001)
• Les troubles spécifiques du langage orale et écrit cd rom ministère de jeunesse éducation recherche, CNEFEI
Interventions
• Journal télévisé régional France 3, 09.2007
• R.F.I. (Radio France International), émission Priorité Santé / Colette Bertou
• Emission Œil de Lynx , CNDP( Centre National de Documentation Pédagogique)
• Emission Des Racines et des Ailes de Patrick de Carolis sur France 3, (la Dyslexie en France )
• Interview, émission d’Hélène Molière TEVA
• La rééducation par la méthode Sensonaime sur Radio Bleue
• Méthode Sensonaime, Chaîne télévisée Santé Vie
• Magazine Mezzo l’Info , Chaîne télévisée Mezzo
• Journal Télévisé Régional de Radio France Outremer (RFO) à l’occasion d’un stage organisé pour des familles d’enfants dyslexiques sur l’île de la Réunion
• Jour après Jour de Jean-Luc Delarue, France 2 , "Je ne veux pas être illettré"
• France Inter, Alter Ego, Patricia Martin
• BFM, "Mine de rien"
• France Bleu , "la ligne en direct"
• Beur fm, émission de Philippe Robichon
• France 5, Les maternelles
• Chanson Boum, France Culture, émission d’Hélène Azéra
• Décibel, La dyslexie, France Culture, émission de Jeanne Martine Vacher
• France 2, "C'est mon choix", l’ Illettrisme
• France 2, Cas d’école, avec Françoise Laborde
• Radio France Internationale, l’école des savoirs
• E=M6 : la dyslexie
• Europe1, « racontons nous » émission d’alexia la Roche Joubert
• Ecole des savoirs plus arte info
• Omega TV, interview
• France Inter, la tête au carré / 04.2010
Presse
• L’étudiant, 02.2007
• Top famille 01.2007
• Santé Magazine, 07.2007
• Hors série santé magazine, 10.2007
• Magazine de la fondation d’Auteuil 2008
• Orthomagazine, 2008
• Questions de Femmes
• Prima
• Top Famille
• « Ça m’intéresse » hors série 2009
• Psychologie.com
• Maxi (février 2011)
• Côtémômes (mars / avril 2011)
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Les exercices de Vistadys sont fait pour vaincre les difficultés des dyslexiques et dysorthographiques dans les domaines de la lecture et de l'écriture.


